Offensive n°1

Offensive n°1, novembre 2003

Sommaire

– Du RMI au RMA, du contrôle social par l’État de la main-d’œuvre
– Des mondes séparés, le contrôle de la mobilité comme outil de domination
– Israël, une démocratie moderne à substrat biblique
– L’eau, un élément vital dangereusement marchandisé
– Le bizutage comme domestication, interview de Brigitte Larguèze
– Livres, Chanson anar et revival punk, Luttes de femmes à l’écran

Dossier « Cassez vos télés »

Le journal de 13 heures de Jean-Pierre Pernault pue le pétainisme, les séries glorifient la police, les reportages stigmatisent les grévistes, les femmes jouent le rôle de potiches, les journalistes sont des mèche avec les politiciens et les grands industriels (à qui les chaînes appartiennent), etc. Heureusement Arte et quelques bons documentaires diffusés à des heures tardives nous laissent entrevoir ce que serait une télévision de qualité dans un monde meilleur. Mais critiquer la nature des programmes et l’idéologie qu’ils véhiculent permet-il vraiment de questionner les effets de la télévision? De la même façon, on peut se demander si com prendre les mutations entraînées par la naissance de l’imprimerie au travers de ses publications est suffisant? Les médias sont-ils une variable dépendante du système politique et social, soumis au pouvoir? Ou sont-ils plutôt une variable indépendante, une institution dominante dans la société contemporaine ?

Après travailler et dormir, regarder la télé est la troisième activité des Occidentaux. En France, la population y passe en moyenne plus de trois heures par jour. Dans les foyers, le tube cathodique a remplacé la cheminée et occupe une place centrale autour de laquelle la vie s’organise. Non contents d’occuper l’espace domestique, les écrans ont envahi les espaces publics (aéroports, gares, postes, vitrines, places, boutiques…). Chez soi ou à l’extérieur, ces écrans isolent et enferment l’individu.

En quelques décennies, la télévision a acquis le monopole de la production de sens, de la norme sociale et de l’imaginaire collectif alors que les institutions politiques et religieuses s’effondraient. Elle assure le lien et devient le principal espace de reconnaissance sociale. Elle modèle les représentations symboliques. Les représentations sont inhérentes à l’humanité, en revanche, lorsque les représentations se substituent au réel et deviennent l’unique accès au monde pour une majorité de la population, on assiste à une véritable mutation anthropologique.

La télévision est un flot incessant d’images, leur diffusion en continu est sa raison d’être. Cette idéologie de la communication place la représentation comme un impératif absolu. Ce qui ne peut pas être représenté n’existe pas. Pour exister il faut donc être « représentable », pouvoir se traduire en image, rentrer dans ces formats audiovisuels. Toute une part de la connaissance, des savoirs, de la réflexion, de l’abstraction, du raisonnement, du jugement disparaissent au profit de l’émotion, de l’épidermique, du réactif, de l’immédiateté, de la simplification… Tout est façonné pour être montré. On assiste à la spectacularisation du monde. Le téléspectateur veut tout voir, il exige d’avoir accès à une quantité astronomique de programmes qui lui confère une toute-puissance face au monde… depuis son fauteuil. Cette idéologie du « tout-voir» et de la transparence accompagne la société du contrôle généralisé.

Beaucoup se passionnent pour l’intimité « télévisée » de l’autre, tout en étant indifférent à ce qui les entoure. La communication par écrans interposés permet aux individus d’entrer en contact les uns avec les autres sans prendre le risque de la rencontre. On se prémunie ainsi de la difficulté de la relation humaine. La connexion devient le paradigme du lien social.

Une image chasse l’autre, tout s’efface, se dévalue. Le zapping s’impose dans tous les domaines de la vie. L’accélération globale du monde et sa virtualisation éloigne l’individu du monde réel et de ses possibilités d’intervenir sur lui. Il se sent indifférent, au mieux impuissant.

Un des grands défis pour les mouvements de contestation radicale est de rendre à nouveau pensable la possibilité de révolutionner le monde. Nous devons avant tout refuser la contestation spectaculaire et nous opposer au monde de la représentation tout en démontant ses principaux fondements. C’est ce que nous tentons de faire dans ce dossier en nous attaquant à télévision.

– L’âge de la télé, interview de Jean-Jacques Wunenberger
– Aliénation de la conscience
– La dépendance à la télévision n’est pas qu’une image
– L’écran lave nos cerveaux interview de Peter Entell
– La monoforme et la centralisation du pouvoir, par le réalisateur Peter Watkins
– Le zoo et le loft, interview d’Olivier Razac

→ Télécharger Offensive n°1 (format pdf) : Offensive n°1

Le dossier de ce numéro a été publié aux Éditions l’Échappée dans l’ouvrage « Divertir pour dominer » (encore disponible en librairie)

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